L’être et l’art

Faire de sa vie une oeuvre d’art, sublimer ses actes, les transformer en beauté…
Faire de ses œuvres d’art sa vie, vivre de l’art, c’est un art de vivre.
Réussir, rater, tout ça c’est de l’art. Il faut juste savoir contempler. Souffrir pour l’art c’est de l’art, jouir pour l’art c’est de l’art.

Penser c’est œuvrer.

Bref, faire, produire, créer, modeler, subir, violenter, sentir, rire, flirter, baiser, tomber, se relever, mourir, aimer, haïr, bouger, stagner, s’embryonner, s’enquiloser, s’amoindrir, se surestimer, philosopher, massacrer, outiller, mentir, se retenir, prêcher, fusiller, insulter, lire, écrire, manger, c’est de l’art.
A l’instant de naître il faut se contempler.

Alors on comprend que ce que l’on appelle communément l’art n’est en réalité qu’un prolongement de nous-même, une esquisse à ce que nous sommes capable d’être.

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à la cime…

Je vous adore, toi, la nuit, le jour.
Manger rien qu’un instant le temps pour toujours.
Vivre dans les bras du néant
Et suivre le gouffre béant
qui court d’une allure monstrueuse jusqu’à la surface de mon être.

Eganté par la vie, modelé par le temps, je mords les lendemains jusqu’au sang,
Car mes jours sont de chair et mes heures sont ossements.

Faire don de corps aux mots,
Saigner lors de nos sanglots,
Que crépitent tes plus beaux sourires;
L’or de ton être inspire mon désir.

Complainte du bienheureux

Ecrire des textes qui parlent,
Vivre comme un roi qui festoie,
Oublier les jours qui se lézardent
Que de tâches non sans émois!

Enfreindre la règle et le temps,
Etreindre la mélodie de la vie,
Tout ça n’est que palabres et chants,
rien n’éteint le son de l’ennui.

Se prendre un temps pour Hugo,
Du marteau de Nietzsche s’outiller,
Se forger de Camus ou de Thoreau,
Un soir, de mes pensées je m’étoilerai.

Pour l’instant, l’appétit est ma lubie,
Je dévore tout de tous les thèmes,
En chameau m’a converti ma folie,
Toujours arides en seront mes poèmes.

Le monstre #6

Rayon est mon coeur, soleil est le tien.
Tes yeux azurs n’ont pas de lendemain
Car toujours bleus ils sont, tant on y voit le ciel.
Ton chant est de feu et tes lèvres sont de miel,
Muse, tu ne dis mot de mes velléités
Ton mutisme est plus beau que ma vérité.
Celui que tu as remplacé, aussi, ne parlait guère:
Mais ne t’en fais pas, il était ombre, tu es lumière.
Tu me regardes de ton regard aqueux,
Aussi mon monstre, de fluide étaient ses yeux:
Mais mon sang était sa soif, et mes phrases sont ta faim…?

Je m’assure et me rassure sans cesse, mais quelles sont ses fins?
Je ne sais ce qu’elle attend mais la sens comme un serpent,
Belle de ses écailles mais fatale par le venin de ses dents.
Car de ma vie, elle attend et souffle mes pensées
Mais de ma mort, ma muse amène mes idées.
Qui est-elle? Que me veut sa beauté?
Un doute nouveau vient me hanter.
De ses lèvres enflammées,
Se cachent des canines,
Qui la fait ressembler,
à ce que j’abomine:
Le monstre

adolescenterie #3

Musique bondissante, lueur de l’aube à l’aune de la joie, il faut que nous dansions.

Loin de moi, loin de ma nuit, mon prochain doit être mon plus lointain, comment, autrement, deviendrait-il mon étoile?

D’un libre mot, le monde s’embrase.

Rire de tout, mourir de rien, mourir de rire, c’est tout ou rien, car à rire d’un rien, rien ne meurt.

« je » ris

D’une fleur du lac de mes songes,
une pâle lueur d’un élancement vorace
crève la rougeur du ciel de mes jours.
Seul face au démon je ris, je ris
et je casse du « je » de mes envies
car opales sont mes cris et verts mes ennemis.
Pleure l’instant, pleure l’aube, je ris, je ris.
Que l’air cogne et hache mes rides,
le vent arrache au creux de ma vie
la lourdeur du monde qui loge dans mon lit.

l’écueil du numérique

Le nouveau monde, la nouvelle Amérique!
Le monde des idées incorporelles modernisé et réactualisé, d’une accessibilité absolue! Tuons ce mythe de la deuxième existence, nous ne sommes plus que le reflet de la pseudo-réalité.
Les écrans nous castrent!
Illusion de croire que nous sommes plus purs que la machine, il n’y a rien de plus laid que cet autre moi, noirci par l’écran, qui me regarde me vider de mon regard. Nous commençons petit à petit à ressembler à cette nouvelle ombre que nous suivons, peut-être un jour serons nous aussi plat qu’elle.

Le monstre #5

Me voilà, à la cime de ma vie.
Du bout des yeux je te devine, être tellurique.
Toujours je t’ai voulu au plus près de mon corps.
Maintenant que tu es là, je redoute l’instant de ma mort.
C’est au plus près du néant, que la vie se teinte d’or.
Rien ne me pousse, j’aurais voulu être plus fort.
D’un élan de vie, mon saut se retarde encore.

Monstre, montre ta beauté, je ne la vois plus.
Peut-être que malgré tout, tu es laid.
Peut-être que mon soleil t’as vaincu.
Regarde mon doute, regarde ma beauté.
L’amour pardonne même la convoitise du bien-aimé.
Je t’aime et pardonne ta terrible monstruosité.
Je te condamne, toi et tes yeux, à regarder pour l’éternité,
Cette créature qui maintenant t’as remplacé,
Et qui, d’une vie de feu, règne sans partage,
Sur les ruines encore fumantes
De ce qui fut autrefois ma rage.
Maintenant, enfin, je chante,
Le noir n’est que le sang qui peuple mes pages,
De blanc la vie amante, dansante,
S’emplit et de rouge, ses lèvres ardentes
Me regardent, moi et mon monstre,
qu’elle est belle,
cette perle,
elle est là,
toujours,
là,
amour,
tu es là,
intemporelle,
Tu danses dans mon cœur,
Tu colores mes larmes de ton rire,
Cette muse qui fut la reine de mon empire,
Qui fut le centre de mes plus heureuses heures.
Te voilà, plus précieuse que l’instant,
Plus pure que le silence,
Plus douce que le vent,
Plus charnelle que l’élégance,
Plus vraie que le temps,
Plus libre qu’une fragrance.

De tout mon coeur, tu en es la flamme.
Ce monstre qui aimait la mort n’est plus que du faux,
Une muse au corps de poème maintenant m’acclame:
Elle célèbre ma vie, elle chante mes mots.
Source d’ivresse, au coeur de mes pulsions,
La danse qui nous lie nous transforme en lions.
Des volcans que sont ses yeux,
De ce feu qui bout dans ses veines,
Je suis l’étincelle qui fustige ce qui enchaîne,
Je suis l’enfant plus grand que les dieux.

Le monstre #4

Puis, un soir, une nuit, dans la plus solitaire des solitudes, je te retrouverai, en un saut, en une chute, tu seras là, toi, et tes dents, et tes yeux, tu feras de moi le poids le plus lourds, l’ange le plus beau, rien qu’une fois, rien qu’un instant, je t’aimerai, comme un homme aime son reflet, comme un homme aime son dieu, je te rejoindrai, dans ton monde de glace, je brûlerai de ton souffle, au temps de l’inertie, du combat entre l’élan du saut et le poids du monde, je serai beau, je serai grand, et mon cœur, de sa dernière langueur, te remerciera, toi, le monstre, l’artiste, celui qui crée, celui qui tue, tu es le temps, tu es la mort, d’un regard de sang, tu nous attends, en silence, sans un bruit, je te connais, toi l’immortel, toi l’irréel, je te comprends, que tu es beau, que tu es bon, regarde mon saut, regarde ma joie, toi qui vois si bien, viens me voir tomber, moi qui ne sait rien, moi qui est si vain, je ne crains plus rien, je ne crois plus rien, la chute est mon lit, la chute est ma vie, et toi, monstre, tu es mon dieu.