Joie extatique

En mon corps j’explose, j’éclate dans le monde. Ma joie vous connaît, vous l’avez habité parfois.
Quel est ce bruit au fond de moi? Il me réchauffe et m’effraie.
Une mélopée inconnue réjouit mes sens et mon esprit.
Qui es-tu pour me changer? De lourdeur te me rend légèreté.
Cette dionysie en mon cœur enciele mon âme.
Enivré sans vin, cette folie déploie toute mon hybris.

Puisse ma poitrine être une solide cage pour cet oiseau qui ne rêve que de s’envoler.
Puisse mes mains ne pas trembler à la vue du monstre qui me prête de sa vitalité.

Publicités

Jeune prodige

« Je suis debout sur la falaise nue,
Enveloppé d’un manteau de nuit.
Depuis ces hauteurs désolées mon regard
Descend jusqu’à un pays couvert de fleurs.
Je vois s’envoler un aigle
Qui avec le courage de la jeunesse
S’élance à la poursuite des rayons dorés,
Et montant s’enfonce dans le brasier éternel. »

Nietzsche, 14 ans, Dithyrambes pour Dionysos.

Danse nuitale

Fuit le vent sur mon corps, esquive le printemps sur ma peau.
Mon âme se dégrade, il ne reste que cette attente, en silence, sur les ruines de ma honte.

Sèche tes larmes.
Regarde de tes humides iris jusqu’où porte ton regard. Tu es seul parmi nous. Nous ne connaissons pas la nature de ton cœur, mais la surface de tes pulsions.

La déesse nuit déploie ses yeux. Cercles infinis aux arcades dansantes.
Ses ardents étendards, je les porte comme des fenêtres sur le monde.

La mer en ton cœur noie mes velléités.
Sublime, approche par-delà l’échine des cieux.

Devenons couleurs, le temps d’une fiction. Embaumons nos grisailles et que fleurissent nos peines. Nos rires sauvages constelleront la nuit.

Ton corps enrêvé. Intime fragrance. Beauté d’un fauve. Notre silence me remplit.

Un élan de vie pour un saut de joie

Pour le ciel une plainte élégiaque,
Pour la terre une élation dionysiaque.
Car ce qui est bas est beau vu d’en haut.
Tombons.
Vers les rêves teintés, à la cime du temps en nous.
Chutons.
Comme la neige candide, plus pure que tout.

Notre déclin sera notre joie.
Notre airain tuera votre foi.
Le sol est loin, trop lointain de notre saut.
Le soleil brûle la douceur de notre peau.
Nuitons l’espérance qui nous contient,
Qu’une étoile jaillisse de nos rêves aériens.

La flamboyance est de vivre comme un soleil,
De ne savoir qu’une chose parmi les merveilles,
C’est que le jour ne suffit pas à la vie
Et que la fin habite toutes nos envies.

Sur l’herbe verte

Je t’ai vu, à l’heure du couchant,
Portant les murmures d’un autre,
Un amour d’un plus grand apôtre.
Naquit cette lune de notre soleil accouchant.

Mon monde n’a plus de centre.
Toutes mes joies réduites en cendre
s’agrippent à ton odeur, m’éventrent.
Tous tes éclats ne font que me fendre.

Allonge-toi sur l’herbe verte
qui a vu fleurir notre bonheur.
Pose ta tête où reposait mon coeur,
Étends ta vie sur mon corps inerte.

Je t’aime et ne vis que pour ton or,
Sans ton rire, le silence m’assombrie
et la nuit seule rit de mes insomnies.
Je t’aime, et ce jusqu’à la …

Soleil

Soleil, resplendis en moi ! Libère moi de ma volonté, soleil ! Brûle, brille !
Ne te nuite plus, arrête, ne te couvre plus, que tu es beau mon soleil !
Dénude-toi, la lune ne t’éludera plus, ronde puissance.
Sous ma peau, entre, embrase…
Et ton ardeur est ma joie, ton or ma richesse.
Pureté, cristal de flamme, regarde ta poussière que nous sommes.
Contemple, titan, tes enfants.

Ô soleil, soleil, aveugle moi ! empare-toi de ma peau, de mon corps, que je rayonne parmi tes rayons !
Dévore-moi, arrache-moi ! délivre-moi de mon âme, prive-moi de mon froid !

Ne t’en va pas, reste-là, merveille !
Ne me laisse pas encore une fois..
Je ne peux plus attendre de nouveau ton éclat.
Non.. ne t’en va pas… je n’ai plus de larmes pour te pleurer.
Non… soleil, je ne vois plus que ton sang rutilant, que ton ombre sépulcrale…
Reste auprès de moi… mon astre, ma sublime, mon espoir…

Pour moi-même

Chante ! Chante ! ma pesanteur te pardonnera tes sons lourds.
Chante, chante ! Rien ne t’enchaîne, libre d’être toi, volette comme autrefois.
Crie, hurle, gémis que m’importe ! Explose ! Ton mutisme sourd embourgeoise tes yeux.

Car il ne suffit que d’un mot pour faire chanter le monde.

Regarde ton ombre, parle-lui, comprends-la , mesure sa portée; tu verras alors toute l’étendue de ta lumière et au combien tes rayons nous éclairent.

Crie qui tu es, déploie ton âme, que ton corps déborde!
Fustige tes chaînes, refuse ta tristesse,
combats celui que tu ne veux pas être,
aime celui que tu deviens,
et rêve d’être celui qui en son coeur peut faire danser les étoiles, tant il a de musique en lui.

Dans tes yeux je vois l’homme dont je ne suis que le reflet.

 

Au bout d’une vie

Au bout d’une vie, quand l’homme ne se connaît plus, voici l’élégie de la jeunesse. Une part d’ombre en lui croît comme les branches sinueuses d’un arbre millénaire. Loin de lui-même, au plus profond de son chaos, il pense. Aucune de ses paroles ne résonnent en son avenir, le monde n’a plus de temps pour sa sagesse.

Que ses rides, comme du papier, plisse l’encre coagulée aux creux de ses lèvres ! Que sa vie, qui fût attente et déception, est patience et réflexion !

Regardez ses mains pleines d’imprécisions ! Il tremble comme tremble la poésie de ses souvenirs.

Surgit dans son corps la fin, l’immobile obscurité d’une ombre noctambule.

Lueur déchue – Fleur obombrée d’un ultime baisé – Un grand sommeil se lève à l’horizon.

Puisse le néant recueillir les fragments de sa mémoire oubliée.

 

De la jeunesse en puissance

Que les ténèbres nous enfouissent, nous brillons dans le noir !
Parlons au nom de la bête sans nom en nous, arrachons ses dents et mordons avec !
Qu’un sang bleu coule dans nos veines, nous, rois des rois !
Nos cicatrices ne témoignent plus de nos passés d’écorchés !
Nous sommes tempêtes, nous sommes ouragans, volcans !

Qui sont donc ces êtres de chair qui ne vivent plus? Ce sont ces vieilles personnes qui n’ont pas su vieillir; Ils ne vivent que pour vieillir, et ne meurent que pour ne plus vieillir.
Regardez ces hommes se pendre à leurs idées, trop hautes pour eux, et trop bas pour elles.

Mais nous! Mais nous! Nous sommes plus jeunes que leur parole!
Nous sommes plus grands que leurs ambitions, plus droit que la corde qui les pende, plus beaux que leur regard jaloux!
Laissons leurs flammes les consumer, ils n’auront pas même notre vent pour les éteindre.